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[Les Baronnies Ecarlates] Ecriture d’un roman en direct

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Bonjour. Je me lance dans une expérimentation inédite, je tente d’écrire un roman, en direct, sur Youtube. Je posterai les vidéos de rediffusion ainsi que le texte à chaque nouvel essai. Bisous et biffles !

P.S: les corrections seront faites bien plus tard ^^

[Edit] Mise à jour et suppression de la première vidéo Youtube, suite à des problèmes de droits d’auteurs musicaux. Vive le capitalisme.

Chapitre deux

La Baronnie de Fondterre, du temps où elle était un royaume autonome, a toujours su se préserver de la guerre. La famille Arnas n’a jamais joué de grands rôles militaires, préférant soutenir économiquement les autres pays au gré des alliances forgées par les intérêts du royaume. La raison principale de cette absence d’ingérence résulte de la taille réduite du Fondterre, bloqué entre l’Ouestrie, Aquinel, l’Esten et l’Enclave. Depuis des générations, la famille Arnas a préféré posséder une terre facilement défendable plutôt qu’un territoire étendu. C’est pourquoi cet ancien royaume n’a pas subi les affres des guerres sanglantes et s’est développé technologiquement pendant que d’autres pays s’enlisaient dans les conquêtes et les défenses de territoires.

Si Fondterre est la Baronnie la plus petite en termes de superficie de tout Crafen, elle en est également la plus moderne. De nouvelles routes fleurissent chaque jour et le commerce bat son plein, grâce à l’essor des voitures autonomes et du réseau ferroviaire. Fondterre démontre qu’une gestion éclairée prévaut sur une extension dévorante.

Histoire moderne de Crafen

Yel Cardos

 

Le bruit du roulement des voitures avait fini d’assoupir Verin. Il s’était étendu sur le fauteuil douillet de sa cabine personnel pour fermer les yeux quelques instants, mais la fatigue de la journée gagna le combat face à la volonté du Capitaine de rester éveillé.

Le bercement des roues dévalant le chemin de fer avait toujours eu un effet calmant sur Verin, mais si l’éreintement des longues heures de voyage s’en mêlait, il lui était absolument impossible de ne pas s’endormir.

Le convoi avait quitté Rouxbois il y avait deux jours de cela pour arriver la veille à Ravin. Les quatre voitures avait été chargés de nombreuses marchandises pour sillonner les rails qui reliaient Fondterre au Septan. Le voyage fut calme et serein, la pause pour ravitailler en eau la locomotive en Ouestrie ne dura pas plus de deux heures et le Capitaine complimenta son équipage pour le professionnalisme et sa ponctualité. Aucun événement ne se présenta digne d’être souligner dans le carnet de bord que Verin tenait soigneusement à jour. Le retour du Septan pour Fondterre s’annonçait des plus calmes et agréables.

Le claquement sec de pieds lourds retentit dans le couloir qui longeait le wagon personnel du Capitaine, réveillant celui-ci. Les bruits de pas s’atténuèrent pour disparaitre, suivis par le coulissement d’une porte qui reliait la voiture de commandement à la celle qui contenait le bois, l’eau et le charbon. Un des militaires arpentait le couloir.

Verin ouvrit un œil et bailla. Il quitta son fauteuil pour se rendre à son secrétaire au fond de sa cabine. Il ouvrit une bouteille de gnôle douce déjà entamée et se versa un verre. En trempant ses lèvres dans le liquide sirupeux, ses yeux se laissèrent aller sur la plaque en fer qu’il avait accrochée contre le mur. « Verin Mouri, Capitaine Ferroviaire de Fondterre ». Ces quelques mots le désignait comme apte à commander un envoi de fret et lui permettait d’avoir dans son équipe une dizaine de militaires sous ses ordres. Le Baron Axandre Arnas lui avait remit lui-même cette plaque, avec les félicitations qui vont avec. Verin fut chargé dès le lendemain de sa nomination d’assurer la liaison ferroviaire entre Rouxbois et Ravin, en passant par une petite ville en Ouestrie. Il assurait sa tâche depuis quatre années déjà et il comptait bien monter en grade d’ici peu. Ses convois se déroulaient toujours sans le moindre incident, même lorsque la locomotive longeait les frontières interdites de l’Enclave et il était le seul Capitaine de Fondterre à n’avoir déploré de blessure ou d’accident de son équipe.

Soudain, Verin fut projeté en arrière, il trébucha sur le bureau et s’affala sur le sol. Les crissements des freins métalliques sur les roues du train jaillirent du sol dans vacarme strident, pour finir en couinement jusqu’à se taire complètement. Le conducteur avait enclenché le système d’urgence. Le Capitaine se redressa en jurant lorsque quelqu’un frappa à la porte de sa cabine. « Entrez !» tonna-t-il.

Un jeune homme qui venait de finir ses classes militaires ouvrit le battant et adressa un salut à son supérieur :

– Capitaine ! Un obstacle sur la voie !

– Comment ça ? demanda Verin en frottant son costume d’officier. Un arbre tombé sur les rails ?

– Un feu, mon Capitaine.

– Un feu ?

– Oui, mon Capitaine.

– Allez chercher les hommes qui s’occupent de la sécurité et dites leur d’avoir des pistolets chargés. On ne sait jamais.

– Un attaque, mon Capitaine ? fit le jeune soldat en palissant.

– Ça m’étonnerait, mais on n’est jamais trop prudent.

– Bien mon Capitaine.

Il quitta la cabine avec son subalterne, traversa le couloir qui longeait son « antre » et ouvrit la porte de la passerelle qui reliait sa voiture et le compartiment nécessaire à l’entreposage des matières énergétiques. Le jeune soldat prit le chemin inverse. Le vent frais de cette fin de printemps caressa doucement le visage de Verin. Il jeta un œil à travers la vitre de la voiture et vit l’homme chargé de mettre le charbon dans le grand fourneau lui adresser un regard interrogatif. Verin le rassura d’un baissement de menton et agrippa l’échelle à gauche de la porte. Avec souplesse, il monta sur le mirador qui surplombait le toit de l’entrepôt pour arriver devant Bers, le militaire qui occupait le poste de vigie. Ce dernier effectua un salut à son supérieur puis pointa du doigt l’avant du train.

– Un feu à environs vingt toises, mon Capitaine.

– Félicitation pour votre œil de lynx, maugréa Verin. Vous auriez pu le voir avant !

– Nous sortons d’un virage, mon Capitaine. Je n’avais pas de vue dégagée.

[Edit] Mise à jour. Chapitre 1 terminé, titre du roman trouvé.

Chapitre un

Des six Baronnies de Crafen, le Septan fut la dernière à rejoindre le Royaume. Les peuples du nord ont toujours fait montre d’un caractère rebelle, enclin à l’autonomie. Seul le siège de Blancheville organisé part les troupes de Demian 1er parvint à faire plier les ambitions séparatistes de Guerre Septan, qui abdiqua au terme de deux ans de privation. Les termes de rééditions furent néanmoins plus favorables à la Baronnie nordique qu’aux autres fiefs anciennement indépendantistes.

Le Roi ne voulait pas risquer une rebellions et préféra flatter les nouveaux citoyens plutôt que les opprimer. Le Septan garda ses traditions et son culte, mais sa singularité géostratégique eut pour effet d’éloigner la contrée des modernités apportées par les autres Baronnies.

Histoire de Crafen

Yel Cardos

 

Le vent soufflait dans la cheminée, couchant les flammes rougeoyantes qui dévoraient la bûche que venait de poser Svorlogn, le tenancier. La salle de l’auberge irradiait d’une chaleur bienfaisante et réchauffait les vieux os du marchand ambulant. Dozithénas laissa choir sa cape sur le dossier de la chaise sur laquelle il était assis depuis une heure. Son regard se porta vers le fond du verre qu’il venait d’ingurgiter. Il rota, roula une cigarette de ses mains calleuses et fissurées par le froid puis l’alluma à l’aide de la bougie qui se consumait devant lui, laissant quelques coulures disgracieuses sur la table.

De l’autre côté de la pièce, Svorlogn nettoyait la dernière chopine qu’il venait de laver et lança un coup d’œil dans la salle. En ce milieu d’après-midi, la plupart des habitants du village vaquaient à leurs occupations, laissant s’affaiblir le tumulte de l’auberge au fur et à mesure des départs des clients. Les occupants des lieux se résumaient à présent à Svorlogn, sa fille de dix ans, Volgaria, qui récurait le gros chaudron qui avait servi au ragoût et à Dozithénas, le colporteur qui rendait sa visite annuelle à l’aubergiste.

– Tu veux une autre bière ? demanda le tenancier en reposant le verre propre dans placard.

– Je ne sais pas, répondit le marchand. J’ai de la route jusqu’au village prochain, et avec le froid, ça m’embêterait de la sortir pour pisser, j’aurai trop peur qu’elle gèle.

Svorlogn et Dozithénas partirent chacun dans un fou rire puis le propriétaire se rendit à la table de son hôte, attrapa sa chope d’un geste ample pour retourner au comptoir. Pendant qu’il remplissait le verre de bière du tonneau, il ordonna à sa fille de balayer la cours extérieure. Volgaria s’exécuta aussitôt, et c’est en chantonnant, balai en main, qu’elle quitta la chaleur de l’auberge pour affronter la neige scintillante de ce rude mois de Bûche.

La mousse de la bière débordait de la chopine lorsque Svorlogn la déposa en face du marchand. Il s’assit en face du visiteur et lui adressa un clin d’œil :

– Celle-là, elle est pour moi. Cadeau de la maison.

– Merci mon ami, répondit Dozithénas. Ta bière est la meilleure de toute la Baronnie.

– Tu me flattes pour en avoir une deuxième gratuite, sourit Svorlogn.

– Tu te trompes, répliqua l’autre en prenant une gorgée. Ta bière est la meilleure pour la simple et bonne raison qu’en Septan, la bière n’est pas ce que vous faite de mieux.

– Le houblon pousse mal chez nous. Trop de gel.

– Par contre, votre hydromel est la plus goûteuse du Royaume. Même en Esten, il n’arrive pas à en produire une aussi bonne.

– L’hydromel est la boisson préférée des nordistes, nous sommes élevés à ça dès le plus jeune âge.

– Il paraît que vous pissez dedans, ricana le colporteur.

– Le goût n’en est que meilleur, répondit l’aubergiste en esquissant un sourire.

Dozithénas vida son verre et le déposa devant lui, d’un air satisfait. Il fixa son regard dans celui de Svorlogn et lui adressa un rapide coup de menton :

– Mon ami. Il faut que je parte si je veux me rendre à Arcras avant que la nuit tombe. Je n’aimerai pas me retrouver face à une meute de loups ou un grizzly affamé pour la simple et bonne raison qu’on s’est rincer le gosier toute l’après-midi. Si on passait aux affaires ?

– Entièrement d’accord, affirma l’aubergiste. Tout est dans ta carriole ?

– Oui. Si tu le désires, on peut voir la marchandise maintenant.

Svorlogn acquiesça en opinant du chef et quitta sa chaise, imité aussitôt par le marchand. Ils passèrent la porte menant à l’extérieur pour déboucher dans une cours enneigée. Les pierres devenues blanches du mur d’enceinte, à hauteur d’homme, reflétaient les rayons du soleil et Dozithénas fut obliger de plisser les yeux face à tant de luminosité. La petite Volgaria s’échinait à pousser la neige avec sa pelle pour tracer un chemin à l’attention des clients. Près de l’entrée de la propriété, accroché à un anneau du porche qui bordait un chemin de terre, Dozithénas avait attaché son cheval. Plus loin, sur la gauche, il s’était permis d’entreposer pour le temps d’un repas sa carriole, une vieille charrette surmontée d’une tente, fermée par un voile. L’état général des roues fit tressauter le tenancier :

– Tu es venu avec ça ? Dans le nord ?

– Ma carriole de luxe est partie en cendre, répliqua tristement Dozithénas.  Des brigands m’ont attaqué il y a deux mois alors que je campais aux abords de la capitale.

– En Azurie ? s’étonna Svorlogn. Le roi n’assure pas la sécurité sur ses propres terres ?

– En théorie, les routes sont sûres. Mais il arrive parfois de tomber sur des tire-laines qui osent s’approcher des grandes villes. Depuis la fin de la guerre, beaucoup de familles ont perdu leurs hommes et certaines n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins.

– Foutue guerre ! maugréa Svorlogn. J’ai eu des soldats qui venaient d’Aquinel dans mon auberge. Ils m’ont tout réquisitionné et ont vidé mes réserves. Ma fille a crevé de faim pendant un hiver complet.

– Vous avez trop résistés dans le Septan, déclara Dozithénas. Vous fûtes les derniers a entrer dans le Royaume.

– Nous refusions la fédération. Nous avions notre royaume. Dans le nord, nous avons nos propres règles !

Svorlogn avait presque craché ses mots et ses tempes grossissaient à l’évocation du douloureux passé qu’avait vécu la Baronnie du Septan. Dozithénas lui tapota doucement l’épaule, en signe d’apaisement et il l’invita à se rendre en direction de sa carriole.

– Je prendrais bien ma voiture à vapeur pour venir faire des affaires dans le nord, mais votre Baron…

– Notre Roi ! corrigea Svorlogn.

Le marchand hésita ; techniquement, Guerre Septan n’était plus Roi, mais Baron, assujetti à l’autorité suprême. Pourtant, il n’avait pas envie de contrarier un homme du nord, ce peuple fier aux us désuets.

– Votre Roi, reprit Dozithénas, refuse de créer de nouvelles routes pour l’utilisation des voitures mécaniques. Je ne voulais pas me retrouver bloqué dès les premières neiges.

– Tu aurais pu attendre le printemps pour venir.

– J’ai des denrées périssables. Et tout marchand sait que c’est dans le nord que l’on fait les meilleures affaires.

– Nous payons plus cher car seuls les plus téméraires viennent affronter le froid du Septan.

– Hé bien mon ami, en parlant d’affaires…

Dozithénas délia le cordon qui attachait le voile et enroula cette dernière pour permettre l’accès à la tente qui surplombait la carriole. Il invita d’un geste de la main son ami de longue date à pénétrer dans sa boutique ambulante. Svorlogn arpenta les trois marches pour entrer dans la charrette. Une odeur vague de renfermé lui frétilla les narines. Il posa son regard autours de lui :

– Tu as bien aménagé ton fourbi.

– Il vaut mieux. Lorsque je ne trouve pas d’auberge, je dois dormir dedans.

Des étagères étaient disposées sur la gauche et la droite, ainsi qu’au fond. Elles étaient attachées aux socles en fer qui servaient d’armature à la toile de tente. Un bureau en chêne s’élevait à l’arrière, cloué au sol de la charrette. Svorlogn fit deux pas devant lui pour admirer les produits exposés sur les meubles. Un véritable bric-à-brac d’ustensiles, de denrées, de tonneaux et de babioles trônaient sur les plaques de bois.

Dozithénas emboita le pas de l’aubergiste pour le dépasser et s’assoir sur le bureau.

– J’ai une bonne réserve de produit cet hiver. J’ai du vin d’Aquinel, un bon cru, des épices d’Azurie, du poisson séché d’Ouestrie, quelques épices au-delà de la mer…

– Le vin d’Aquinel, c’est un rouge ou un blanc ?

– Du rouge. Mais j’ai du blanc du sud d’Esten si tu veux.

– Va pour le rouge, mon ami. Le blanc n’est pas très apprécié par ici. Tire-moi dix bouteilles.

Dozithénas esquissa un sourire et fit le tour du bureau, fouilla dans les portes battantes qui le composait et en sortit une dizaine de bouteilles qu’il remplit en se servant d’un des tonneaux.

– Il est vieux de trois ans, une cuvée spéciale.

– Arrête de baratiner, plaisanta Svorlogn, tu as déjà fait ta vente.

– J’aime que mes clients sachent ce qu’ils achètent. Sinon, j’ai vu ton tas de bois au fond de ton jardin. Tu veux une hache ?

– De l’acier de Fondterre !? répliqua l’aubergiste d’un air dégouté. Vous ne savez pas forger comme il le faut !

– Notre alliage est léger et…

– Une hache ne doit pas être légère, coupa Svorlogn. Elle doit être lourde et tranchante.

– C’est vrai que vous êtes encore des barbares, ici ! plaisanta Dozithénas.

– C’est le reste de Crafen qui s’est écroulé sous sa propre déliquescence. Vous nous prenez pour des sauvages, mais notre Baronnie perdura le jour où les vôtres s’enliseront dans la décadence.

– Peut-être, répondit le marchand en rebouchant la dernière bouteille. Mais nous, nous avons ça…

Il posa la dernière pinte de vin sur le plancher et sortit un morceau de toile qu’il déplia devant son hôte pour révéler un pistolet gravé de deux roses entrelacées.

– Le dernier de Fondterre. On peut viser l’œil d’un lapin à trente toises de distance. Il est vendu avec une sacoche spéciale à installer autour de la taille, comprenant des dosages de poudre et de la bourre. Les bourgeois de six Baronnies envoient des dizaines de messagers par jour en Fondterre pour les acheter.

– Je ne suis ni bourgeois, ni amateur d’armes à feu, fit Svorlogn. Au Septan, nous préférons le bruit du fer qui s’entrechoque que le vacarme des détonations. Et puis entre nous, mon ami, ces armes sont très utiles, mais une fois la première balle tirée, le rechargement est trop long.

– Mes acheteurs les prennent surtout pour la collection, renchérît Dozithénas. En période de paix, les armes ne font office que d’ornement. Allez, je te le laisse pour quinze pièces d’or.

– Pour ce prix là, j’ai un cheval en bonne santé avec son harnachement. Je préfère labourer mon champ que de m’amuser à collectionner des armes qui ne me serviront pas.

Le marchand rangea l’arme dans son bureau puis déposa les dix bouteilles aux pieds de l’aubergiste.

– Il te fallait autre chose ?

– Tout dépend. Tu en demandes combien pour le vin ?

– Quatre pièces de cuivre la bouteille, ça nous fait quarante pièces, soit quatre pièces d’argent, si tu préfères.

– Nous ne sommes n’avons peut-être pas d’université comme en Fondterre, mais nous savons tout de même compter ! maugréa Svorlogn dans sa barbe, un brin vexé. Et sinon, tu as du tissu ?

– J’en ai quelques toises, de toutes les couleurs et…

– Papa ! cria une voix aigue depuis l’extérieur.

Volgaria entra dans la tente, le visage rougit et le souffle court. Son père se tourna vers elle, le visage impassible.

– Tu as fini de déblayer la neige ?

– Il faut que tu viennes voir… dehors. Vite !

Avec une moue interrogative, Svorlogn haussa les épaules et sortit de la carriole, suivi aussitôt par sa fille et Dozithénas. Ils avaient à peine posé le pied dans la cours que Volgaria pointa du doigt le ciel :

– Regardez ! fit-elle d’une voix aigue et surexcitée.

– Par les Aînés ! siffla entre ses dents l’aubergiste en levant la tête.

Une déchirure brune striait le ciel en direction de la terre et s’étendait de plus en plus en ligne droite. En plissant les yeux, Svorlogn crut apercevoir une forme ronde au bout du tracé.

– Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda-t-il à Dozithénas. Un mauvais présage ?

– Je ne pense pas, répondit son ami. C’est sûrement une météorite.

– C’est magnifique !s’exclama Volgaria.

– C’est surtout magnifique pour nos bourses, fit le marchand ambulant. Vous savez combien coûte une météorite dans le milieu des collectionneurs ? Svorlogn, toi qui connais la région, emmène-nous au là où elle va tomber et je te garanties que tu n’auras plus de soucis d’argent pendant un long moment !

Sans perdre de temps, l’aubergiste et sa fille allèrent chercher un cheval dans l’écurie qui jouxtait l’arrière de l’auberge tandis que Dozithénas caressait sa monture.

 

Première séance:

Voici le texte:

 

Chapitre un

Le vent soufflait dans la cheminée, couchant les flammes rougeoyantes qui dévoraient la bûche que venait de poser Svorlogn, le tenancier. La salle de l’auberge irradiait d’une chaleur bienfaisante et réchauffait les vieux os du marchand ambulant. Dozithénas laissa choir sa cape sur le dossier de la chaise sur laquelle il était assis depuis une heure. Son regard se porta vers le fond du verre qu’il venait d’ingurgiter. Il rota, roula une cigarette de ses mains caleuses et fissurées par le froid puis l’alluma à l’aide de la bougie qui se consumait devant lui, laissant quelques coulures disgracieuses sur la table.

De l’autre côté de la pièce, Svorlogn nettoyait la dernière chopine qu’il venait de laver et lança un coup d’oeil dans la salle. En ce milieu d’après-midi, la plupart des habitants du village vaquaient à leurs occupations, laissant s’affaiblir la tumulte de l’auberge au fur et à mesure des départs des clients. Les occupants des lieux se résumaient à présent à Svorlogn, sa fille Volgaria qui récurait le gros chaudron qui avait servi au ragoût et à Dozithénas, le colporteur qui rendait sa visite annuelle à l’aubergiste.

– Tu veux une autre bière ? demanda le tenancier en reposant le verre propre dans placard.

– Je ne sais pas, répondit le marchand. J’ai de la route jusqu’au village prochain, et avec le froid, ça m’embêterait de la sortir pour pisser, j’aurai trop peur qu’elle gèle.

Svorlogn et Dozithénas partirent chacun dans un fou rire puis le propriétaire se rendit à la table de son hôte, attrapa sa chope d’un geste ample pour retourner au comptoir. Pendant qu’il remplissait le verre de bière du tonneau, il ordonna à sa fille de balayer la cours exterieur. Volgaria s’exécuta aussitôt, et c’est en chantonnant, balai en main, qu’elle quitta la chaleur de l’auberge pour affronter la neige scintillante de ce rude mois de Bûche.

La mousse de la bière débordait de la chopine lorsque Svorlogn la déposa en face du marchand. Il s’assit en face du visiteur et lui adressa un clin d’oeil :

– Celle-là, elle est pour moi. Cadeau de la maison.

-Merci mon ami, répondit Dozithénas. Ta bière est la meilleure de toute la Baronnie.

– Tu me flattes pour en avoir une deuxième gratuite, sourit Svorlogn.

– Tu te trompes, répliqua l’autre en prenant une gorgée. Ta bière est la meilleure pour la simple et bonne raison qu’en Septan, la bière n’est pas ce que vous faite de mieux.

– Le houblon pousse mal chez nous. Trop de gel.

– Par contre, votre hydromel est la plus gouteuse du Royaume. Même en Esten, il n’arrive pas à en produire une aussi bonne.

– L’hydromel est la boisson préférée des nordistes, nous sommes élévés à ça dès le plus jeune âge.

Dozithénas vida son verre et le déposa devant lui, d’un air satisfait. Il fixa son regard dans celui de Svorlogn et lui adressa un rapide coup de menton :

Mon ami. Il faut que je parte si je veux me rendre à XXXX avant que la nuit tombe. Je n’aimerai pas me retrouver face à une meute de loups ou un grizzly affamé pour la simple et bonne raison qu’on s’est rincer le gosier toute l’après-midi. Si on passait aux affaires ?

– Entièrement d’accord, affirma l’aubergiste. Tout est dans ta carriole ?

– Oui. Si tu le désires, on peut voir la marchandise maintenant.

Svorlogn acquiesa en opinant du chef et quitta sa chaise, imité aussitôt par le marchand

 

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Pinacothèque Mercantile et Moraliste du Zombie est le début d’une saga écrite comme une série télévisuelle. Horreur, humour et complot viennent prendre en haleine le lecteur jusqu’à la dernière ligne.

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Tout va bien dans le Royaume de Syxsis. Les riches profitent de la vie et les pauvres travaillent toute la journée pour un salaire de misère. Non, en réalité, tout ne va pas bien…

Suite à un sortilège raté, un être débarque depuis la planète Terre et c’est tout le continuum espace-temps qui est en péril. Un ancien Voleur amnésique, un Mage incapable et un Nain alcoolique (un Nain, quoi !) doivent récupérer ce nouveau-venu pour le rapatrier chez lui, avec coup de pied au cul en option.

Mais le groupe d’aventuriers n’est pas le seul à vouloir mettre le grappin sur le Terrien.

Haches, épées, arcs, magie et Gameboy s’entremêlent dans cette aventure qui changera la face de Syxsis.

Extrait 1

« Voilà en gros toute l’histoire, dit Axto en reprenant son souffle devant Alucart qui l’avait sagement écouté. Qu’est-ce que vous en pensez ?

– J’en pense que vous, on vous dit de fermer votre gueule et d’agir dans le feutré, et le premier truc que vous faites c’est embaucher un mercenaire en lui expliquant tout du début à la fin. Vous savez que je peux me faire zigouiller juste pour avoir entendu votre petit récit ?

– Et bien le problème est que je n’ai aucun indice, la créature a disparu sans aucun témoin. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse appelle à un pro sur ce coup là.

– Mais pourquoi moi ? demanda Alucart. Il y a beaucoup de mercenaires en ville.

– J’ai rendu visite au célèbre Alan Flamme, mais ses tarifs sont exorbitants. Et lorsque je vous ai vu mettre votre pancarte, j’en ai déduit que vous commenciez votre métier ce jour et qu’il est possible que pour votre premier client, vous fassiez une ristourne.

– Une ristourne ? s’étonna Alucart. Ah ben vous ne manquez pas de souffle ! Et en quel honneur je vous prie ?

– Il vous faut des références, et je suis étudiant, donc fauché. »

En se frottant  le menton du bout des doigts, Alucart examinait le jeune impertinent qui osait lui réclamer une réduction alors qu’aucun contrat n’a été conclu. Il eut tout d’abord comme idée de lui botter le train jusqu’à sa salle de classe, puis il se raisonna en admettant qu’il avait effectivement besoin d’or, même si la somme n’était pas conséquente, et qu’il n’avait surtout aucune référence. Or, même si le gars devant lui était un petit con d’étudiant, il officiait sous ordre royal ! Travailler pour le gouvernement pourrait le lancer dans sa carrière de mercenaire, et le roi en personne comme débiteur, voilà de quoi épater la galerie !

Extrait 2

Pollux attrapa le Donkey Kong Country inséré auparavant qu’il déposa au sol à ses côtés et emboîta l’autre jeu anonyme dans la console. Il mit le contact et poussa également le bouton On de son téléviseur. Un écran noir l’accueillit, et Pollux se demanda si le jeu était en bon état. Puis, comme pour répondre à son inquiétude, la télévision vira au rouge puis redevint noir. Une petite musique, douce, aux sonorités forcément rétro étant donné le support cartouche, se fit entendre des enceintes stéréo. Puis un gros titre apparut en grand et en blanc sur le milieu de l’affichage, et Pollux put lire « Les Chroniques de Syxsis ». De sa vie de gamer, et Dieu sait qu’il était documenté, Pollux n’avait jamais entendu parler de ce titre, d’autant plus que le texte en français laissait présager une sortie officielle dans l’Hexagone, certainement au début des années 90. Saisi d’un doute, il prit son Smartphone et chercha « Les Chroniques de Syxsis » sur Internet. Aucun résultat. Avec toute la communauté de joueurs prompte à garder pourtant des traces, voire même une sauvegarde des jeux  sur le net, il semblait vraiment étrange que celui-ci ne soit pas référencé.  « Peut-être un homebrew, pensa Pollux », qui évoquait une passion chez certains bidouilleurs en informatique qui consistait à créer ses propres jeux. Néanmoins, chez ces derniers, le résultat se trouvait le plus souvent sur le web, sous la forme d’un fichier, et non dans un produit manufacturé comme ici. Puis la page changea, et un texte défilant s’afficha sur l’écran, en guise d’introduction. Voici avec exactitude ce que Pollux put lire à cet instant :
« Il y a bien longtemps de ça, dans le lointain Royaume de Syxsis, Une bataille se déroula entre les plus grandes puissances célestes. Une grande lutte entre le Bien et le Mal eut lieu sous le regard impuissant Des créatures de la Terre. Alors que les Forces Démoniaques étaient sur le point De dominer le monde, un Héros apparut aux côtés du Dieu Arios. Ce guerrier légendaire répondait au nom de SerMinor, et avec son aide, Arios défit ses ennemis et fit triompher la Paix. Les Anciens Dieux furent Enfermés dans la haute Tour du Sanctuaire Divin, et la dernière porte Menant aux Bannis est désormais scellée à jamais par le Sang du Héros, qui perdit la vie en sauvant les siens… »
Pollux sourit en lisant les phrases qui défilaient : il avait dans sa console un jeu qui proposait la trame  d’un RPG (acronyme de « jeu de rôle », tiré de l’anglais) totalement inconnu mais pourtant traduit en français. Comme il allait pouvoir se la rouler demain, quand il le dira à son revendeur préféré et à tous ses potes geek sur le net !  Voulant rapidement en savoir plus sur ce trésor providentiel, il appuya sur start et l’écran annonçant l’histoire s’évapora pour laisser la place à un menu classique de jeux vidéo : sur une ligne d’écart, Pollux avait le choix entre « Continuer » ou « Nouvelle Partie ». Avec impatience, il sélectionna la seconde proposition.  À sa grande surprise,  une phrase s’inscrivit sur le bas du tube cathodique : « Désolé, mais vous n’êtes pas autorisé à commencer une nouvelle partie ».  Intrigué mais aussi un peu vexé qu’on lui refuse de débuter le jeu à son départ, il pressa le pouce sur le bouton B pour revenir en arrière et retenta l’opération plusieurs fois, avec toujours le même message d’échec. Puis, il fit une chose parfaitement stupide mais que l’essentiel des gens normaux font dans un cas pareil, il revint maintes fois au menu pour sélectionner « Nouvelle Partie » avec d’autres boutons que le bouton A, qui faisait en général office de bouton de confirmation. Il fallait se rendre à l’évidence, Start, Select, X, Y, L et R n’avaient pas le super pouvoir de commencer le jeu à « zéro ».  Pollux bailla et pensa à se  coucher, il était tard et l’alcool lui avait donné sommeil, mais il voulut quand même voir ce que le logiciel gracieusement offert proposait comme graphismes et gameplay. Il choisit alors « Continuer » et son souffle se coupa : il se frotta les yeux, tourna cinq secondes la tête pour être certain de reprendre ses esprits et redirigea enfin ses yeux sur le moniteur. Le jeu laissait le choix entre deux parties distinctes avec deux noms associés à deux pourcentages respectifs, qui devaient certainement représenter l’état d’achèvement des sauvegardes. La première proposition était intitulée « XXXXXXXXX » et il y avait un 99% inscrit dessus. L’autre partie, plus étrange et cause de l’étonnement du jeune homme, se nommait « Pollux Castor » avec un 00% en guise d’indication.
Outre la stupéfaction, la seconde réaction de Pollux fut de se demander si on ne lui faisait pas une blague : c’est vrai, comment un marchand qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve avait pu lui donner un jeu avec son propre nom inscrit dans la cartouche ? Il devait y avoir là dessous quelques sombres complots, pensa Pollux, tant la coïncidence était énorme. Une blague de ses parents, pour qu’il arrête de jouer ? Une nouvelle émission de téléréalité à la con dans laquelle il était un acteur sans consentement ? Pur hasard ?  Un air frais longea la nuque de Pollux qui se tiraillait intérieurement entre deux sentiments : une curiosité exacerbée et une peur déraisonnable, car il ne s’agissait après tout que d’un jeu et d’un nom à l’intérieur du logiciel. Pour exorciser ce malaise, Pollux sélectionna la deuxième partie et appuya sur le bouton A. La télévision et la console se mirent toutes seules hors-tension de concert. Un vent balaya la chambre de Pollux qui se blottit contre le mur derrière lui, entre une Dreamcast et une N64.

Extrait 3

« Tu me fais chier ! Je suis pas là pour faire le ménage et passer le balai (que tu peux te foutre au cul, au passage). Je pars avec les autres cons pour l’aventure, ne m’attends pas pour souper. Je vais connaître la vraie vie, qui doit être bien moins casse-couille que de supporter une radasse mal-torchée qui me file des maux de crâne chaque fois qu’elle ouvre la gueule. Et t’as intérêt à tenir correcte l’auberge, ça m’embêterait de te coller une mornifle et de te faire moucher rouge quand je reviendrai… Si je reviens, car une greluche mieux fagotée sera peut-être sur le chemin et qu’elle remarquera ma musculature que je forme  depuis que j’ai compris que t’étais qu’une conne ! Ton Bernard P.S : j’ai niqué ta sœur »

Simone relut pour la vingtième fois le message de son mari puis froissa le papier pour le jeter contre l’arbre qui partait de la cave et finissait au-dessus du toit, crevant les plafonds au passage. Puis, prise de remords, elle se baissa pour ramasser le mot qu’elle plia et cala dans la ceinture de sa robe. Elle s’appuya contre son balai  et regarda par la fenêtre du mur Est. Depuis sa position, très basse (elle était pourtant grande pour une Luxis), elle pouvait voir les chapeaux des passants au travers des carreaux de verre, que les premiers rayons matinaux du soleil avaient fait sortir pour s’adonner à leurs activités quotidiennes. Durant cette pause bienvenue qu’elle venait de s’octroyer, Simone repensa à ces derniers jours qui furent chargés en besogne, mais elle était fière du travail qu’elle avait accompli.  En premier lieu, les étages étaient époussetés, balayés et lavés de fond en comble, on pouvait manger par terre et même lécher le sol si le cœur nous en disait et si la honte ne nous étouffait pas. Avec sa petite taille, Simone en avait bavé mais elle était travailleuse et ne renâclait pas à la tâche. Et elle avait de l’énergie à dépenser, après la colère qui l’avait assaillie lorsqu’elle découvrit le mot de Bernard. « Bernard ! Pov’ con ! pesta-t-elle en serrant le manche du balai de toutes ses forces. Tu vas voir ce que tu vas prendre sur le coin de la gueule une fois que tu  rappliqueras, la queue entre les jambes… »  Ce n’était pas la première fois que Bernard se soustrayait à ses devoirs d’époux avec un mot horrible en guise d’adieux, mêlant d’odieux mensonges et un soupçon de vérité. Et à chaque fois, il revenait à plat ventre, jurant sur ce qu’il avait de plus cher qu’il ne recommencerait pas. Si ce salopard ne se fait pas tuer dans un coin sordide du pays, il réapparaîtra à coup sûr et Simone ne manquera pas de lui flanquer le rouleau à pâtisserie sur le haut du crâne.  Sa digression mentale au sujet de son mari se  dissipa et elle repensa à ces jours-ci. Une fois que les étages furent propres, elle s’était attaquée au rez-de-chaussée et venait de le briquer à l’instant. Au moins, l’établissement avait retrouvé son éclat d’antan, enfin,  le supposait-elle. Et pour les services rendus par elle-même et la masse de travail accomplie, Alucart allait se voir rogner un bon pourcentage sur les bénéfices…  Hier, entre deux séances de balayage, elle avait visité le quartier et cherchait du coin de l’œil des commerçants susceptibles de lui fournir une réserve alimentaire et un approvisionnement de boisson. Lors de la discussion avant le départ d’Alucart, les propriétaires n’avaient pas encore décidé s’ils tiendraient ensemble une auberge ou une taverne, mais Simone penchait pour la première proposition. Elle avançait la thune, elle nettoyait tout ce bordel, elle aura le dernier mot !  Après moult réflexion, elle commandait chez un négociant de la viande et des légumes, livrables sous trois jours. Puis elle se dirigeait vers un caviste et se fit livrer le jour-même deux tonneaux de bière, un tonneau d’un vin du sud bon marché et trois bouteilles de gnôle « à faire décoller la moustache sous le nez » dixit le marchand. Et c’est lorsque le caviste amenait les tonneaux au sous-sol de l’auberge (moyennant une rémunération substantielle) que Simone eut l’illumination : comment allait-elle remettre les chaises sur les tables le soir ? Qui pourrait porter les objets lourds que l’on doit se trimballer dans une auberge, dont les dimensions ne sont pas du tout adaptées à la taille d’un Luxis ? Qui allait foutre des trempes aux clients qui ne veulent plus décoller leur cul des tabourets alors que c’est l’heure de la fermeture ?
Simone savait que son mari et les autres cons ne reviendraient sûrement pas de si tôt, il lui fallait un abru… un employé pour les tâches ingrates. De sa plus belle plume, elle avait écrit sur un bout de parchemin une offre d’emploi, précisant qu’elle recherchait un homme de solide constitution pour des travaux manuels dans l’auberge. Puis elle placarda l’annonce sur la porte d’entrée, bien en évidence. Dans les deux heures qui suivirent, elle reçut trois postulants, un homme bâti comme un piquet asthmatique, une femme qui avait plus l’habitude de travailler couchée et un Nain qui demanda si la caisse était surveillée la nuit. Evidemment, Simone les envoya tous chier, sans y mettre les formes. Puis dans la soirée, alors qu’elle frottait les vitres du premier étage, quelqu’un frappa à la porte. N’aimant pas les emmerdeurs nocturnes, la Luxis attrapa son aiguille, qui servait généralement de rapière à ceux de son peuple, bien décidée à crever les yeux du malotru. Lorsqu’elle ouvrit la porte de l’auberge, elle eut un choc ! Elle comprit qu’elle avait trouvé le type idéal pour ce boulot : à la fois très musclé, très servile, ne sachant pas compter (donc de ce fait arnaquable pour le salaire) et surtout très con. Un Troll ! Ce dernier était très bien habillé pour un représentant de son espèce, c’est-à-dire qu’il portait des vêtements. Chose rare quand on connait l’aversion des Trolls pour l’habillement et l’hygiène en général. Il avait même attaché autour de son cou un papillon séché, mais Simone soupçonnait que l’insecte n’était pas décédé naturellement car il était à moitié écrasé.

« Bonsoir, fit le Troll. Moi pour travail. Moi Cronch’.

– Moi Simone, reprit la Luxis. Toi savoir compter jusqu’à trois ?

– Heuu… moi savoir jusqu’à un. Mais moi demander qu’à apprendre.

– On verra. Toi être pour les heures supplémentaires non rémunérées ?

– Vous payez moi ? Pas juste donner manger pour travail ?

– Haaaa ! fit Simone, enchantée de la tournure de la conversation qui ressemblait à une discussion de débiles mentaux. On verra. Toi pas vouloir négocier ?

– Négocier ? Moi pas compren….

– Je sais. Et c’est tant mieux. Ecoute, toi embaucher pour travail. Toi venir après-demain pour finir préparations auberge. Moi avoir besoin de type costaud dans genre à toi.

– D’accord. Moi aimer déjà beaucoup vous. Moi pouvoir appeler vous maîtresse ?

– Toi appeler moi Simone. Ou madame Simone. Si tu m’appelles maîtresse devant les clients, ça va jaser. En plus, techniquement, on ne pourrait pas… enfin… pourtant ça ferait bien chier Bernard mais je ne suis pas certaine de survivre à… bref. À après-demain, Cronch’. On se dit onze heures ?

– Treize heures, d’accord.

– Non, onze.

-Onze heures demain, d’accord.

-Non, après-demain.

– Après-demain.

– Quelle heure ?

– Onze. Mais du soir ou du matin ?

– Du matin. Après-demain, onze heures du matin. Je te l’écris si tu veux ?

– Moi pas savoir lire. Mais Cronch’ d’accord. À demain dans la soirée. »
Les souvenirs de la rencontre du Troll firent rire Simone qui reprit son balayage, se disant qu’elle avait assez traîné et que ce n’était pas en lambinant que le boulot avancerait. Elle passa la brosse autour de l’arbre qui trouait le sol lorsqu’elle entendit la porte de la taverne s’ouvrir. « C’est fermé ! gueula-t-elle sans se retourner. Savez pas lire ! Revenez dans trois jours, tout sera installé, y’aura de la becquetance et de quoi se saouler pendant trois mois. Si vous en avez les moyens évidemment, car autant vous mettre à l’aise tout de suite, la maison ne fait pas crédit ! »