De Runes et d’Epées

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ISBN 978-2-9550518-4-9  
Format A5, 379 pages.
à partir de 16 ans

Tout va bien dans le Royaume de Syxsis. Les riches profitent de la vie et les pauvres travaillent toute la journée pour un salaire de misère. Non, en réalité, tout ne va pas bien…

Suite à un sortilège raté, un être débarque depuis la planète Terre et c’est tout le continuum espace-temps qui est en péril. Un ancien Voleur amnésique, un Mage incapable et un Nain alcoolique (un Nain, quoi !) doivent récupérer ce nouveau-venu pour le rapatrier chez lui, avec coup de pied au cul en option.

Mais le groupe d’aventuriers n’est pas le seul à vouloir mettre le grappin sur le Terrien.

Haches, épées, arcs, magie et Gameboy s’entremêlent dans cette aventure qui changera la face de Syxsis.

Extrait 1

« Voilà en gros toute l’histoire, dit Axto en reprenant son souffle devant Alucart qui l’avait sagement écouté. Qu’est-ce que vous en pensez ?

– J’en pense que vous, on vous dit de fermer votre gueule et d’agir dans le feutré, et le premier truc que vous faites c’est embaucher un mercenaire en lui expliquant tout du début à la fin. Vous savez que je peux me faire zigouiller juste pour avoir entendu votre petit récit ?

– Et bien le problème est que je n’ai aucun indice, la créature a disparu sans aucun témoin. Je me suis dit qu’il fallait que je fasse appelle à un pro sur ce coup là.

– Mais pourquoi moi ? demanda Alucart. Il y a beaucoup de mercenaires en ville.

– J’ai rendu visite au célèbre Alan Flamme, mais ses tarifs sont exorbitants. Et lorsque je vous ai vu mettre votre pancarte, j’en ai déduit que vous commenciez votre métier ce jour et qu’il est possible que pour votre premier client, vous fassiez une ristourne.

– Une ristourne ? s’étonna Alucart. Ah ben vous ne manquez pas de souffle ! Et en quel honneur je vous prie ?

– Il vous faut des références, et je suis étudiant, donc fauché. »

En se frottant  le menton du bout des doigts, Alucart examinait le jeune impertinent qui osait lui réclamer une réduction alors qu’aucun contrat n’a été conclu. Il eut tout d’abord comme idée de lui botter le train jusqu’à sa salle de classe, puis il se raisonna en admettant qu’il avait effectivement besoin d’or, même si la somme n’était pas conséquente, et qu’il n’avait surtout aucune référence. Or, même si le gars devant lui était un petit con d’étudiant, il officiait sous ordre royal ! Travailler pour le gouvernement pourrait le lancer dans sa carrière de mercenaire, et le roi en personne comme débiteur, voilà de quoi épater la galerie !

Extrait 2

Pollux attrapa le Donkey Kong Country inséré auparavant qu’il déposa au sol à ses côtés et emboîta l’autre jeu anonyme dans la console. Il mit le contact et poussa également le bouton On de son téléviseur. Un écran noir l’accueillit, et Pollux se demanda si le jeu était en bon état. Puis, comme pour répondre à son inquiétude, la télévision vira au rouge puis redevint noir. Une petite musique, douce, aux sonorités forcément rétro étant donné le support cartouche, se fit entendre des enceintes stéréo. Puis un gros titre apparut en grand et en blanc sur le milieu de l’affichage, et Pollux put lire « Les Chroniques de Syxsis ». De sa vie de gamer, et Dieu sait qu’il était documenté, Pollux n’avait jamais entendu parler de ce titre, d’autant plus que le texte en français laissait présager une sortie officielle dans l’Hexagone, certainement au début des années 90. Saisi d’un doute, il prit son Smartphone et chercha « Les Chroniques de Syxsis » sur Internet. Aucun résultat. Avec toute la communauté de joueurs prompte à garder pourtant des traces, voire même une sauvegarde des jeux  sur le net, il semblait vraiment étrange que celui-ci ne soit pas référencé.  « Peut-être un homebrew, pensa Pollux », qui évoquait une passion chez certains bidouilleurs en informatique qui consistait à créer ses propres jeux. Néanmoins, chez ces derniers, le résultat se trouvait le plus souvent sur le web, sous la forme d’un fichier, et non dans un produit manufacturé comme ici. Puis la page changea, et un texte défilant s’afficha sur l’écran, en guise d’introduction. Voici avec exactitude ce que Pollux put lire à cet instant :
« Il y a bien longtemps de ça, dans le lointain Royaume de Syxsis, Une bataille se déroula entre les plus grandes puissances célestes. Une grande lutte entre le Bien et le Mal eut lieu sous le regard impuissant Des créatures de la Terre. Alors que les Forces Démoniaques étaient sur le point De dominer le monde, un Héros apparut aux côtés du Dieu Arios. Ce guerrier légendaire répondait au nom de SerMinor, et avec son aide, Arios défit ses ennemis et fit triompher la Paix. Les Anciens Dieux furent Enfermés dans la haute Tour du Sanctuaire Divin, et la dernière porte Menant aux Bannis est désormais scellée à jamais par le Sang du Héros, qui perdit la vie en sauvant les siens… »
Pollux sourit en lisant les phrases qui défilaient : il avait dans sa console un jeu qui proposait la trame  d’un RPG (acronyme de « jeu de rôle », tiré de l’anglais) totalement inconnu mais pourtant traduit en français. Comme il allait pouvoir se la rouler demain, quand il le dira à son revendeur préféré et à tous ses potes geek sur le net !  Voulant rapidement en savoir plus sur ce trésor providentiel, il appuya sur start et l’écran annonçant l’histoire s’évapora pour laisser la place à un menu classique de jeux vidéo : sur une ligne d’écart, Pollux avait le choix entre « Continuer » ou « Nouvelle Partie ». Avec impatience, il sélectionna la seconde proposition.  À sa grande surprise,  une phrase s’inscrivit sur le bas du tube cathodique : « Désolé, mais vous n’êtes pas autorisé à commencer une nouvelle partie ».  Intrigué mais aussi un peu vexé qu’on lui refuse de débuter le jeu à son départ, il pressa le pouce sur le bouton B pour revenir en arrière et retenta l’opération plusieurs fois, avec toujours le même message d’échec. Puis, il fit une chose parfaitement stupide mais que l’essentiel des gens normaux font dans un cas pareil, il revint maintes fois au menu pour sélectionner « Nouvelle Partie » avec d’autres boutons que le bouton A, qui faisait en général office de bouton de confirmation. Il fallait se rendre à l’évidence, Start, Select, X, Y, L et R n’avaient pas le super pouvoir de commencer le jeu à « zéro ».  Pollux bailla et pensa à se  coucher, il était tard et l’alcool lui avait donné sommeil, mais il voulut quand même voir ce que le logiciel gracieusement offert proposait comme graphismes et gameplay. Il choisit alors « Continuer » et son souffle se coupa : il se frotta les yeux, tourna cinq secondes la tête pour être certain de reprendre ses esprits et redirigea enfin ses yeux sur le moniteur. Le jeu laissait le choix entre deux parties distinctes avec deux noms associés à deux pourcentages respectifs, qui devaient certainement représenter l’état d’achèvement des sauvegardes. La première proposition était intitulée « XXXXXXXXX » et il y avait un 99% inscrit dessus. L’autre partie, plus étrange et cause de l’étonnement du jeune homme, se nommait « Pollux Castor » avec un 00% en guise d’indication.
Outre la stupéfaction, la seconde réaction de Pollux fut de se demander si on ne lui faisait pas une blague : c’est vrai, comment un marchand qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve avait pu lui donner un jeu avec son propre nom inscrit dans la cartouche ? Il devait y avoir là dessous quelques sombres complots, pensa Pollux, tant la coïncidence était énorme. Une blague de ses parents, pour qu’il arrête de jouer ? Une nouvelle émission de téléréalité à la con dans laquelle il était un acteur sans consentement ? Pur hasard ?  Un air frais longea la nuque de Pollux qui se tiraillait intérieurement entre deux sentiments : une curiosité exacerbée et une peur déraisonnable, car il ne s’agissait après tout que d’un jeu et d’un nom à l’intérieur du logiciel. Pour exorciser ce malaise, Pollux sélectionna la deuxième partie et appuya sur le bouton A. La télévision et la console se mirent toutes seules hors-tension de concert. Un vent balaya la chambre de Pollux qui se blottit contre le mur derrière lui, entre une Dreamcast et une N64.

Extrait 3

« Tu me fais chier ! Je suis pas là pour faire le ménage et passer le balai (que tu peux te foutre au cul, au passage). Je pars avec les autres cons pour l’aventure, ne m’attends pas pour souper. Je vais connaître la vraie vie, qui doit être bien moins casse-couille que de supporter une radasse mal-torchée qui me file des maux de crâne chaque fois qu’elle ouvre la gueule. Et t’as intérêt à tenir correcte l’auberge, ça m’embêterait de te coller une mornifle et de te faire moucher rouge quand je reviendrai… Si je reviens, car une greluche mieux fagotée sera peut-être sur le chemin et qu’elle remarquera ma musculature que je forme  depuis que j’ai compris que t’étais qu’une conne ! Ton Bernard P.S : j’ai niqué ta sœur »

Simone relut pour la vingtième fois le message de son mari puis froissa le papier pour le jeter contre l’arbre qui partait de la cave et finissait au-dessus du toit, crevant les plafonds au passage. Puis, prise de remords, elle se baissa pour ramasser le mot qu’elle plia et cala dans la ceinture de sa robe. Elle s’appuya contre son balai  et regarda par la fenêtre du mur Est. Depuis sa position, très basse (elle était pourtant grande pour une Luxis), elle pouvait voir les chapeaux des passants au travers des carreaux de verre, que les premiers rayons matinaux du soleil avaient fait sortir pour s’adonner à leurs activités quotidiennes. Durant cette pause bienvenue qu’elle venait de s’octroyer, Simone repensa à ces derniers jours qui furent chargés en besogne, mais elle était fière du travail qu’elle avait accompli.  En premier lieu, les étages étaient époussetés, balayés et lavés de fond en comble, on pouvait manger par terre et même lécher le sol si le cœur nous en disait et si la honte ne nous étouffait pas. Avec sa petite taille, Simone en avait bavé mais elle était travailleuse et ne renâclait pas à la tâche. Et elle avait de l’énergie à dépenser, après la colère qui l’avait assaillie lorsqu’elle découvrit le mot de Bernard. « Bernard ! Pov’ con ! pesta-t-elle en serrant le manche du balai de toutes ses forces. Tu vas voir ce que tu vas prendre sur le coin de la gueule une fois que tu  rappliqueras, la queue entre les jambes… »  Ce n’était pas la première fois que Bernard se soustrayait à ses devoirs d’époux avec un mot horrible en guise d’adieux, mêlant d’odieux mensonges et un soupçon de vérité. Et à chaque fois, il revenait à plat ventre, jurant sur ce qu’il avait de plus cher qu’il ne recommencerait pas. Si ce salopard ne se fait pas tuer dans un coin sordide du pays, il réapparaîtra à coup sûr et Simone ne manquera pas de lui flanquer le rouleau à pâtisserie sur le haut du crâne.  Sa digression mentale au sujet de son mari se  dissipa et elle repensa à ces jours-ci. Une fois que les étages furent propres, elle s’était attaquée au rez-de-chaussée et venait de le briquer à l’instant. Au moins, l’établissement avait retrouvé son éclat d’antan, enfin,  le supposait-elle. Et pour les services rendus par elle-même et la masse de travail accomplie, Alucart allait se voir rogner un bon pourcentage sur les bénéfices…  Hier, entre deux séances de balayage, elle avait visité le quartier et cherchait du coin de l’œil des commerçants susceptibles de lui fournir une réserve alimentaire et un approvisionnement de boisson. Lors de la discussion avant le départ d’Alucart, les propriétaires n’avaient pas encore décidé s’ils tiendraient ensemble une auberge ou une taverne, mais Simone penchait pour la première proposition. Elle avançait la thune, elle nettoyait tout ce bordel, elle aura le dernier mot !  Après moult réflexion, elle commandait chez un négociant de la viande et des légumes, livrables sous trois jours. Puis elle se dirigeait vers un caviste et se fit livrer le jour-même deux tonneaux de bière, un tonneau d’un vin du sud bon marché et trois bouteilles de gnôle « à faire décoller la moustache sous le nez » dixit le marchand. Et c’est lorsque le caviste amenait les tonneaux au sous-sol de l’auberge (moyennant une rémunération substantielle) que Simone eut l’illumination : comment allait-elle remettre les chaises sur les tables le soir ? Qui pourrait porter les objets lourds que l’on doit se trimballer dans une auberge, dont les dimensions ne sont pas du tout adaptées à la taille d’un Luxis ? Qui allait foutre des trempes aux clients qui ne veulent plus décoller leur cul des tabourets alors que c’est l’heure de la fermeture ?
Simone savait que son mari et les autres cons ne reviendraient sûrement pas de si tôt, il lui fallait un abru… un employé pour les tâches ingrates. De sa plus belle plume, elle avait écrit sur un bout de parchemin une offre d’emploi, précisant qu’elle recherchait un homme de solide constitution pour des travaux manuels dans l’auberge. Puis elle placarda l’annonce sur la porte d’entrée, bien en évidence. Dans les deux heures qui suivirent, elle reçut trois postulants, un homme bâti comme un piquet asthmatique, une femme qui avait plus l’habitude de travailler couchée et un Nain qui demanda si la caisse était surveillée la nuit. Evidemment, Simone les envoya tous chier, sans y mettre les formes. Puis dans la soirée, alors qu’elle frottait les vitres du premier étage, quelqu’un frappa à la porte. N’aimant pas les emmerdeurs nocturnes, la Luxis attrapa son aiguille, qui servait généralement de rapière à ceux de son peuple, bien décidée à crever les yeux du malotru. Lorsqu’elle ouvrit la porte de l’auberge, elle eut un choc ! Elle comprit qu’elle avait trouvé le type idéal pour ce boulot : à la fois très musclé, très servile, ne sachant pas compter (donc de ce fait arnaquable pour le salaire) et surtout très con. Un Troll ! Ce dernier était très bien habillé pour un représentant de son espèce, c’est-à-dire qu’il portait des vêtements. Chose rare quand on connait l’aversion des Trolls pour l’habillement et l’hygiène en général. Il avait même attaché autour de son cou un papillon séché, mais Simone soupçonnait que l’insecte n’était pas décédé naturellement car il était à moitié écrasé.

« Bonsoir, fit le Troll. Moi pour travail. Moi Cronch’.

– Moi Simone, reprit la Luxis. Toi savoir compter jusqu’à trois ?

– Heuu… moi savoir jusqu’à un. Mais moi demander qu’à apprendre.

– On verra. Toi être pour les heures supplémentaires non rémunérées ?

– Vous payez moi ? Pas juste donner manger pour travail ?

– Haaaa ! fit Simone, enchantée de la tournure de la conversation qui ressemblait à une discussion de débiles mentaux. On verra. Toi pas vouloir négocier ?

– Négocier ? Moi pas compren….

– Je sais. Et c’est tant mieux. Ecoute, toi embaucher pour travail. Toi venir après-demain pour finir préparations auberge. Moi avoir besoin de type costaud dans genre à toi.

– D’accord. Moi aimer déjà beaucoup vous. Moi pouvoir appeler vous maîtresse ?

– Toi appeler moi Simone. Ou madame Simone. Si tu m’appelles maîtresse devant les clients, ça va jaser. En plus, techniquement, on ne pourrait pas… enfin… pourtant ça ferait bien chier Bernard mais je ne suis pas certaine de survivre à… bref. À après-demain, Cronch’. On se dit onze heures ?

– Treize heures, d’accord.

– Non, onze.

-Onze heures demain, d’accord.

-Non, après-demain.

– Après-demain.

– Quelle heure ?

– Onze. Mais du soir ou du matin ?

– Du matin. Après-demain, onze heures du matin. Je te l’écris si tu veux ?

– Moi pas savoir lire. Mais Cronch’ d’accord. À demain dans la soirée. »
Les souvenirs de la rencontre du Troll firent rire Simone qui reprit son balayage, se disant qu’elle avait assez traîné et que ce n’était pas en lambinant que le boulot avancerait. Elle passa la brosse autour de l’arbre qui trouait le sol lorsqu’elle entendit la porte de la taverne s’ouvrir. « C’est fermé ! gueula-t-elle sans se retourner. Savez pas lire ! Revenez dans trois jours, tout sera installé, y’aura de la becquetance et de quoi se saouler pendant trois mois. Si vous en avez les moyens évidemment, car autant vous mettre à l’aise tout de suite, la maison ne fait pas crédit ! »

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